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Entretien · Pour les parents · 12 min de lecture

Révélez les possibles : comprendre, rassurer et accompagner un jeune

Une interview avec Adrien Tingry sur l’œuvre Révélez les possibles, son expérience au Campus des Savoirs et la posture proposée aux parents, enseignants et professionnels qui accompagnent les jeunes.

Couverture du livre Révélez les possibles

Repère éditorial · Révélez les possibles

Une ressource née d’une histoire personnelle

— Pourquoi avoir écrit ce livre ?

— Je suis un enfant dyslexique devenu adulte. L’école n’a jamais été pour moi un parcours simple. Il fallait recommencer, relire, chercher un autre passage lorsque celui que l’on me proposait semblait fermé.

Je pouvais travailler sincèrement et ne pas parvenir à montrer ce que j’avais compris. Lorsque l’effort reste invisible, le doute s’installe facilement. On peut finir par se demander si l’on manque de volonté, si l’on déçoit les autres ou si l’on est moins capable.

J’ai connu cette fatigue particulière : celle de vouloir bien faire sans savoir comment s’y prendre. Mais j’ai aussi connu le soulagement qu’apporte un adulte qui ne vous enferme pas dans un résultat, qui prend le temps d’observer et qui cherche avec vous.

La parole qui peut rouvrir un chemin

En terminale, une parole de mon professeur d’anglais, Serge Dherissart, a changé mon regard sur moi-même.

Il a expliqué à ma mère que je n’étais ni paresseux ni incapable. Il a simplement posé une observation juste : j’avais besoin de revoir ma façon de comprendre et d’apprendre.

Cette phrase n’a pas supprimé ma dyslexie. Elle n’a pas rendu le travail facile du jour au lendemain. Mais elle a déplacé le problème. Le problème n’était plus toute ma personne. Il devenait une méthode à comprendre, à interroger et à transformer.

Une difficulté ne résume jamais une personne. Elle indique l’endroit où une autre méthode peut commencer.

Pourquoi le Campus des Savoirs devait exister

— Qu’est-ce qui vous a conduit à créer le Campus des Savoirs ?

— À l’origine, j’avais été sollicité pour rencontrer des réseaux de franchises dans le soutien scolaire et dans des domaines proches. J’ai voulu comprendre quelles méthodes pédagogiques étaient réellement utilisées et sur quels pédagogues elles reposaient.

Rapidement, on m’a fait comprendre que certaines propositions relevaient surtout de la promesse marketing. Je ne retrouvais pas le socle pédagogique que je cherchais.

Cette expérience a fait écho à mes propres difficultés liées à la dyslexie. Elle m’a conduit à vouloir construire une démarche réelle, fondée sur des fondamentaux, dans laquelle un enfant puisse se construire avec des adultes responsables autour de lui.

Le Campus des Savoirs est né de cette exigence : ne pas vendre une solution miraculeuse, mais créer un cadre où l’on puisse observer, comprendre, apprendre et progresser.

Une méthode née des rencontres

Pendant douze ans, au Campus des Savoirs, j’ai accompagné des enfants, des adolescents, des familles et des équipes éducatives.

J’ai rencontré des jeunes qui ne se croyaient plus capables, des élèves dont les bases étaient devenues fragiles, des enfants qui avaient peur du jugement, qui n’osaient plus demander de l’aide ou qui refusaient de travailler pour ne pas revivre une nouvelle expérience d’échec.

J’ai appris à regarder les cahiers, la manière de lire une consigne, l’organisation du travail, la fatigue, le temps réellement disponible et le lieu dans lequel l’enfant essaie de se concentrer, mais aussi ses passions, ses relations, ses rêves et ce qui continue à le mettre en mouvement.

Accompagner ne consiste pas à apprendre à la place de l’autre. Il s’agit de préparer un cadre solide, de transmettre une méthode, puis de laisser progressivement l’enfant essayer, décider, corriger et reconnaître ce qu’il sait désormais faire seul.

Apprendre à apprendre

— Que signifie exactement « apprendre à apprendre » ?

— Cela signifie comprendre comment on entre dans une tâche, comment on comprend une consigne, comment on mémorise, comment on s’organise, comment on vérifie son travail et comment on demande de l’aide.

Un enfant peut connaître une leçon et ne pas savoir comment la retrouver. Il peut comprendre une notion mais ne pas savoir commencer un exercice. Il peut avoir les capacités nécessaires mais ne pas disposer de la bonne méthode.

Il faut alors l’aider à observer sa propre manière d’apprendre. L’objectif n’est pas qu’il obéisse parfaitement à une méthode extérieure, mais qu’il construise progressivement sa propre manière d’apprendre.

  • Préparer son espace de travail.
  • Choisir l’ordre des étapes.
  • Comprendre ce qui est demandé.
  • Repérer ce qui bloque.
  • Essayer une stratégie et vérifier ce qui fonctionne.
  • Formuler une demande d’aide puis reprendre seul une partie de la tâche.

Des outils pour passer de la compréhension à l’action

Le livre n’est pas seulement composé d’explications. Il contient également des outils directement utilisables : des questionnaires guidés, des fiches d’observation, des carnets de situation, des exercices de reformulation, des pratiques à essayer pendant une semaine et des tableaux pour distinguer la situation de l’identité.

Au lieu de dire : « Tu es toujours distrait », le livre propose d’observer : « Aujourd’hui, tu as eu du mal à rester concentré après dix minutes. Qu’est-ce qui pourrait t’aider pour la prochaine étape ? »

Au lieu de dire : « Tu ne veux jamais travailler », il invite à demander : « Qu’est-ce qui rend le démarrage difficile ? »

Une observation précise ouvre une recherche. Un jugement général ferme le chemin.

Une posture progressive de l’adulte

— Comment aider sans faire à la place du jeune ?

— Il faut ajuster progressivement sa présence. Le livre distingue le soutien actif, le soutien semi-actif et l’autonomie progressive.

Le soutien actif consiste à préparer le cadre, aider à comprendre et rendre le commencement possible. Le soutien semi-actif consiste à rester disponible tout en laissant une part réelle de recherche. L’autonomie progressive permet à l’enfant de choisir, d’essayer, de corriger et d’organiser une étape qu’il peut désormais porter lui-même.

L’adulte peut relire un mot, montrer un exemple ou découper une tâche. Mais il doit ensuite rendre la main : « Quelle partie peux-tu essayer maintenant ? » Aider vraiment, c’est aussi préparer le moment où notre aide pourra devenir plus légère.

Valoriser un mouvement réel

Valoriser ne signifie pas féliciter mécaniquement chaque résultat. Il s’agit de reconnaître un mouvement réel : une consigne relue, une erreur comprise, une question posée, une tâche commencée, une autre manière d’essayer ou une initiative retrouvée.

L’adulte peut dire : « Tu as repris la consigne au lieu d’abandonner » ou « Tu as trouvé une autre manière d’essayer ».

La parole valorisante ne distribue pas une valeur à l’enfant. Elle l’aide à reconnaître la valeur de ses propres actes.

Les six mouvements du Référentiel des Possibles

La démarche s’appuie sur six mouvements : s’enraciner, observer, relier, expérimenter, transformer et transmettre.

S’enraciner, c’est revenir à la situation réelle. Observer, c’est regarder les faits, les comportements et les conditions. Relier, c’est mettre en relation ce qui se passe avec l’environnement, les habitudes, les émotions, les méthodes et les ressources. Expérimenter, c’est choisir une action limitée et réaliste. Transformer, c’est ajuster la méthode à partir de ce qui a été observé. Transmettre, c’est rendre le jeune progressivement capable de comprendre, choisir et utiliser seul ce qui l’aide.

Ces mouvements ne constituent pas un protocole rigide. Ils donnent une structure pour éviter les conclusions trop rapides.

Des repères pédagogiques, pas des preuves artificiellement plaquées

Le livre dialogue avec plusieurs références pédagogiques et institutionnelles, notamment Maria Montessori autour de l’environnement préparé, Philippe Perrenoud autour de l’évaluation formative et le Plan d’études romand autour des capacités transversales, des stratégies d’apprentissage et de la démarche réflexive.

Ces références ne sont pas présentées comme identiques à la méthode ni comme des preuves directes de toute la démarche. Elles constituent des points d’appui distincts. Le livre les traduit en gestes concrets : observer, questionner, essayer, vérifier et retirer progressivement l’aide.

Ce que la recherche permet de comprendre

Le livre présente une revue systématique et une méta-analyse publiées en 2018 par Hester de Boer, Anneke Timmermans et Margaretha van der Werf sur les interventions liées aux attentes des enseignants. Cette recherche rassemble dix-neuf études d’intervention.

Elle montre que les attentes ne passent pas uniquement par les paroles. Elles influencent aussi le temps laissé à l’élève, la difficulté des questions posées, les occasions de recommencer, la qualité des retours et la manière d’organiser l’environnement.

Le livre reste prudent : une parole encourageante ne suffit pas à transformer toute une situation. Les effets observés sont moyens, variables et ne suppriment ni les difficultés sociales, ni les problèmes de santé, ni les besoins d’accompagnement spécialisé.

Les mots, les gestes, les attentes et l’organisation du cadre doivent rester cohérents.

Une ressource pour ceux qui accompagnent

— À qui s’adresse Révélez les possibles ?

— Aux parents qui veulent aider sans culpabiliser ni mettre une pression supplémentaire, aux enseignants qui cherchent à mieux comprendre ce qui bloque un élève, aux éducateurs et professionnels qui accompagnent les jeunes, et à tous les adultes qui souhaitent soutenir l’éveil à la connaissance.

Le livre ne remplace pas l’école, les professionnels de santé ou les dispositifs spécialisés. Il propose un espace d’observation, de dialogue et de construction, pour réfléchir ensemble autour du jeune sans le réduire à sa difficulté.

Le possible n’est pas une promesse magique

Le possible ne signifie pas que tout sera facile. Il ne signifie pas non plus que la volonté suffira à tout résoudre.

Il apparaît lorsqu’une certitude fermée redevient une question et qu’une expérience permet de découvrir quelque chose que l’on ne voyait pas encore.

Au lieu de dire : « Il n’y arrivera jamais », on peut demander : « Qu’est-ce qui bloque exactement ? » Puis : « Quel petit essai peut nous apprendre quelque chose ? »

Le résultat de cet essai ne juge pas l’enfant. Il fournit une information pour ajuster la suite.

Accompagner, c’est préparer les conditions du mouvement, puis laisser à l’autre la fierté de l’accomplir.

Couverture du livre Révélez les possibles

Pour aller plus loin

Révélez les possibles

Un livre pour comprendre ce que vit un jeune, retrouver des repères et construire un accompagnement plus juste.

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